La relation idyllique Sonko-Diomaye touche à sa fin


Le limogeage du Premier ministre continue de défrayer la chronique. Après deux ans de chemin commun, le tandem qui avait incarné l'espoir d'une rupture politique vole en éclats. Une séparation qui ne survient pas à l'improviste : les signes précurseurs remontaient bien avant la décision formelle du chef de l'État.

Dès leur prise de fonction, des fissures apparaissent dans un duo présenté comme inséparable. Ousmane Sonko n'a jamais vraiment caché ses frustrations. Ses sorties fracassantes contre l'exécutif — « ce pays manque d'autorité », « on me laisse gouverner » — prononcées ouvertement lors d'un meeting le 8 novembre dernier, sonnaient déjà comme des avertissements. Des formules qui trahissaient un malaise profond au sommet de l'État : celui d'un Premier ministre qui se sentait bridé dans l'exercice de ses fonctions.

Le point de rupture, lui, est venu d'un dossier précis. Son passage à l'Assemblée nationale le vendredi 23 mai 2026, pour des « questions d'actualité », a mis en lumière le vrai point d'achoppement entre les deux hommes : la gestion des fonds politiques. Sonko défendait l'idée qu'on pouvait même les augmenter, à condition d'instituer un comité de vérification. Une position que le président Faye n'entendait pas partager. Quelques heures à peine après cette session houleuse, la nouvelle tombe : le gouvernement Sonko est dissous.

Mais le séisme ne s'arrête pas là. Dans la foulée, El Malick Ndiaye, président de l'Assemblée nationale, démissionne — libérant le perchoir pour Ousmane Sonko. L'ex-Premier ministre est élu à la tête de l'institution avec 132 voix. Dans son discours d'investiture, il promet solennellement de ne pas faire de son nouveau poste un instrument de vendetta, mais entend ériger l'Assemblée en « levier de contre-pouvoirs ». De Premier ministre à Président de l'Assemblée nationale : un glissement inédit dans l'histoire politique sénégalaise, que l'opposition n'a pas tardé à qualifier de braquage institutionnel.

Trois jours après le limogeage, le 25 mai, le président Faye nomme Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature. Économiste de formation, ancien directeur national de la BCEAO et grand commis de l'État, il est également chargé du suivi de l'Agenda « Sénégal 2050 ». Sa feuille de route est limpide : constituer un gouvernement dans les plus brefs délais.

La Constitution a semé le suspense. Plus de dix jours se sont écoulés dans l'attente, nourrissant spéculations et supputations. C'est finalement le décret n°2026-1130 portant nomination des membres du nouveau gouvernement qui clôt l'incertitude. Sur les 30 membres du nouveau cabinet, on compte des reconductions, des permutations, et 8 ministres qui conservent leur portefeuille — une continuité partielle dans la rupture.

L'élément le plus saillant reste l'absence du Pastef dans ce gouvernement. « Pastef se retire parce que le parti n'a pas été consulté pour le choix du Premier ministre, et n'est pas d'accord sur les conditions de formation du nouveau régime », martèle Ousmane Sonko. Une ligne rouge que certains membres du parti ont pourtant choisie de franchir. Des dissidents — parmi lesquels Yankhoba Dième et Abdou Lahad Ndiaye — ont accepté des portefeuilles ministériels, avant d'être bannis du parti : retrait des groupes WhatsApp, conférence de presse à la clé. Le Pastef tranche dans le vif, sans état d'âme.

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