Note de lecture : Résister à la désinformation : Journal d'une fact-checkeuse sénégalaise de Ndeye Fatou Diéry Diagne
C'est avec un vif sentiment de privilège et une curiosité intellectuelle prononcée que j'ai parcouru les 111 pages de l'œuvre de Ndeye Fatou Diéry Diagne.
Cet ouvrage répond à la question suivante : comment, à l'époque de la domination des algorithmes et de la compétition acharnée pour le clic, maintenir l'intégrité de notre vision du monde réel ?
Dans un monde où le tumulte numérique risque de submerger la transparence des réalités, l'écriture de Ndeye Fatou Diéry Diagne se dresse telle une balise, à la fois rigoureuse dans son exactitude et généreuse dans son partage.
« Je n'ai promis que la vérité dans ce livre, rien que la vérité. Alors je me livre, sans filtre, sans masque, sans retenue. Cette vérité, c'est aussi cette sensibilité viscérale qui m'habite. Ce patriotisme lourd, presque brûlant, qui se déchaîne en moi comme une houle en pleine saison des pluies, dès qu'il est question du Sénégal. Mon pays n'est pas parfait, mais il mérite justice et respect dans le traitement de l'information » (Diéry Diagne, 2025).
Sous sa plume, s'opposer à la désinformation devient davantage qu'une simple méthode journalistique ; c'est un acte de conviction en faveur de la vérité. L'autrice nous entraîne au cœur de son combat, là où le doute méthodique se mesure à la toxicité virale. Elle nous alerte sur le fait que chaque « fake news » dissimule un terrain de conflit où l'information est utilisée comme une arme.
Selon l'autrice, bien que les mensonges se propagent plus rapidement que les faits, la clarté de la vérité, lorsqu'elle est portée avec bravoure et méthode, finit toujours par percer le voile des tromperies.
Ce livre revêt une double dimension : professionnelle et profondément humaine. Il ne se limite pas à la théorie du fact-checking et à son application ; il s'apparente aussi à une confession. Ce journal révèle les stigmates d'une profession souvent soumise aux critiques dévastatrices et aux contraintes sociétales, transformant son parcours en un véritable exemple de résilience pour tous ceux qui osent défendre une noble cause.
Comme le dit Diéry : « Non. J'ai choisi un autre chemin : celui de la narration pure. J'ai décidé de me libérer des cadres rigides, de parler sans filtre, d'oser une écriture qui ressemble à une confidence ».
En plus de cela, elle affirme : « Nous avions osé le changement. Nous avions choisi de présenter les résultats de fact-checking en vidéo, là où tout le monde pensait que cela devait rester dans des textes longs, réservés à une élite capable de lire et d'analyser ».
Ou encore : « Ces critiques m'ont aussi endurcie. Elles m'ont montré que même au sein de ma propre corporation, je pouvais devenir une cible simplement parce que j'ose faire autrement ».
Résister à la désinformation est une invitation à la vigilance et à l'évaluation de l'impact des fausses informations. En effet, une fois une nouvelle propagée, il est quasiment impossible de retrouver tous ceux qui l'ont reçue afin de rétablir la vérité.
« La désinformation, elle, fragilise la confiance. Elle abîme la démocratie. Elle divise les familles. Elle installe le doute, le soupçon permanent. [...] Mais le temps qu'un démenti arrive, le mal est souvent fait. La désinformation agit comme un virus : elle se répand rapidement, contamine les esprits vulnérables et affaiblit le corps social avant même qu'un antidote n'existe » (Diéry Diagne, 2025).
Ainsi, j'ai été particulièrement touché par la capacité de l'autrice à créer des « images » à travers une écriture imagée, au style clair, élégant et concis. Ndeye Fatou Diéry Diagne allie professionnalisme et pédagogie.
Ce journal d'une fact-checkeuse se compose de deux grandes parties : « Le fact-checking et moi » et « Géographie de la désinformation ». J'ai particulièrement aimé la seconde partie, qui traite de diverses problématiques. Elle m'a permis non seulement de saisir les notions clés telles que la mésinformation, la malinformation, les fake news et le fact-checking, mais aussi de comprendre comment les réseaux sociaux deviennent des fabriques de fausses nouvelles. L'autrice y aborde également la question de l'objectivité, le rôle des médias, la viralité, les nids de désinformation au Sénégal et l'impact de l'intelligence artificielle. Plus encore, l'ouvrage constitue une véritable boîte à outils pour ma future carrière de journaliste, notamment pour la rédaction de dépêches de vérification des faits.
Ce livre ne se contente pas de démentir des rumeurs ou de raconter un parcours : il forme.
Ndeye Fatou Diéry Diagne, « Justicière de l'information » pour reprendre les mots d'Oumar Ndongo, nous aide, à travers ce journal, à identifier les techniques de manipulation, à vérifier la fiabilité des sources, à maîtriser les outils essentiels du fact-checking et à développer l'esprit critique nécessaire pour naviguer sereinement dans l'actualité.
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